Mise à jour · 16 juillet 2026
Le second pré-rapport de la mission interministérielle IGJ-IGGN-IGESR vient d'être publié. Il nomme les mécanismes précis des défaillances : enquête suspendue dix mois faute de transmission enregistrée, expertise confiée à un psychologue hors liste officielle, rapport non daté/non signé utilisant une méthode déconseillée depuis 2005. ↓ Voir les failles mises à jour
Mise à jour · 15 juillet 2026
Le ministère de la Justice a publié son bilan de la revue nationale des plaintes : sur les 85 047 plaintes recensées, 69 626 dossiers ont été réétudiés (82 %), et 675 personnes ont été incarcérées à la suite de cette revue. ↓ Voir le détail chiffré
Affaire Lyhanna × commission d'enquête
Ce que les auditions révèlent des failles judiciaires sur la pédocriminalité
À la lumière de l'affaire Lyhanna, mise en regard des dysfonctionnements pointés par la presse et de ce que la commission d'enquête sur le traitement judiciaire de l'inceste a — ou n'a pas — abordé lors de ses auditions.
Du 26 février au 21 mai, la commission d'enquête sur le traitement judiciaire de l'inceste s'est attachée à interroger près d'une centaine d'acteurs et d'actrices de la chaîne judiciaire française. Des victimes aux ministres en fonction en passant par les experts psychologues, les auditions ont mis en évidence les défaillances de la justice — comme l'a reconnu l'actuel ministre de la Justice, M. Gérald Darmanin, le 5 juin sur TF1. Le drame autour de Lyhanna, une fillette de 11 ans, et l'arrestation d'un suspect visé par plusieurs plaintes classées sans suite montrent l'atroce conséquence de ces défaillances. Ce site vous propose d'explorer, sous différents angles, ces dysfonctionnements.
Deux registres distincts. Les faits de l'affaire (accent) proviennent de la presse — article cité, source unique ; le décès reste judiciairement à confirmer (« corps présumé »). Les constats des auditions (encre) proviennent des données du projet.
Constats = synthèses. Les énoncés d'auditions sont des constats extraits automatiquement (LLM) des comptes-rendus — reformulations attribuées, non des citations mot à mot.
Périmètre. La commission porte sur l'inceste parental. L'affaire Lyhanna relève d'une agression extra-familiale par un suspect sériel : plusieurs de ses failles sortent du mandat. On distingue donc « dans le périmètre » de « hors périmètre ».
« Peu présent » signifie peu fréquent dans les constats extraits — pas nécessairement absent des débats.
Affaire — presse
L'affaire Lyhanna
Lyhanna, 11 ans, scolarisée à Fleurance (Gers), disparaît le 29 mai 2026. Son corps est retrouvé quelques jours plus tard dans un silo agricole. Le principal suspect, Jérôme B., a travaillé plusieurs années à proximité de ce silo. Un homme quadragénaire est mis en examen pour enlèvement et séquestration (détention 1er juin).
Quatre plaintes en dix ans contre le suspect
2017 — relation avec une mineure de 17 ans : classée (jugée « consenti »)
2022 — viol sur mineur < 15 ans : classée sans suite en 2024 (« insuffisamment caractérisée »)
août 2025 — viol sur enfant de 10 ans : enquête toujours en cours
juin 2026 — nouvelle plainte pour viol sur mineur
Dysfonctionnements pointés
Plainte d'août 2025 « ballottée entre les tribunaux » : ~6 mois pour parvenir aux gendarmes
Suspect non auditionné près d'un an après les faits
Aucune surveillance malgré les antécédents
Deux classements sans suite antérieurs
Le garde des Sceaux s'est dit « terrifié » par ce « dysfonctionnement » ; une enquête administrative (IGJ/IGGN/IGESR) est ouverte, le dossier de 2022 rouvert. Le second pré-rapport de la mission conjointe (16 juillet 2026) documente cinq affaires impliquant JB entre 2017 et 2025 et identifie les mécanismes précis des défaillances : suspension de dix mois d'enquête faute de transmission enregistrée, expertise confiée à un psychologue hors liste, rapport d'expertise non daté et non signé utilisant une méthode déconseillée depuis 2005.
Faille par faille : qu'en disent les auditions ?
Deux étiquettes par faille : son rapport au mandat de la commission, et sa couverture dans les constats extraits des auditions.
Mandat
Couverture
01 · Classements sans suite à répétition
Dans le périmètreLargement évoqué
Lyhanna — Deux plaintes classées (2017, 2022) ; la chaîne pénale n'aboutit pas malgré les alertes.
« 73 % des plaintes pour inceste sont classées sans suite. »
M. Arnaud Bonnet
« Le taux de classement sans suite pour les viols est de 94 %. »
« 30% des dossiers n'avaient connu qu'un seul acte d'investigation parce que les policiers eux-mêmes sont totalement débordés, saturés et n'ont pas la capacité de le faire »
Intervenant·e · [1:01:16]constat — citant un rapport
Les délais structurels sont largement évoqués ; mais la transmission d'un dossier entre juridictions (le cas précis de Lyhanna) est quasi absente des constats et relève de l'organisation judiciaire générale.
Second pré-rapport IGJ-IGGN-IGESR · 16 juillet 2026 — source officielle
« Transmission de la procédure du commissariat de Béthune au parquet d'Auch, sans enregistrement, ce qui a occasionné un traitement dégradé de la procédure y compris dans l'attention portée à la victime et une suspension de l'enquête pendant dix mois. »
Mission conjointe IGJ-IGGN-IGESR — victime B (oct. 2022) · rapport officiel
03 · Signalements multiples non reliés
Dans le périmètreLargement évoqué
Lyhanna — Plaintes et signalements successifs sans recoupement ni suivi d'ensemble.
« 2 % des signalements remontent effectivement aux CRIP (cellules de recueil des informations préoccupantes). »
« incompréhensible que neuf mois après la personne n'ait toujours pas été mise en garde à vue »
Intervenant·e · [21:57]constat — à confirmer
Le risque de réitération est abordé, mais surtout côté parent agresseur (maintien du droit de visite). La surveillance d'un auteur sériel non familial, comme dans Lyhanna, est hors du mandat.
05 · Cloisonnement civil / pénal
Dans le périmètreLargement évoqué
Lyhanna — Décisions prises sans vision consolidée du parcours judiciaire de l'auteur.
« Le juge aux affaires familiales (JAF) ne dispose pas des éléments de la procédure pénale lors de ses décisions. »
« dans le cas de [Lyhanna], nous avions les preuves. Et c'est ça qui me met particulièrement dans une colère froide »
Un ministre · [1:56:01]admis
Second pré-rapport IGJ-IGGN-IGESR · 16 juillet 2026 — source officielle
« L'examen psychologique de la victime B a été confié à un psychologue non inscrit sur la liste des experts, dont il n'a pu être indiqué à la mission s'il disposait d'une compétence particulière en psychologie de l'enfant. Le rapport, remis quatre mois après la saisine, non daté et non signé, s'apparente dans sa méthodologie à un examen de la crédibilité, non recommandé depuis 2005. »
Mission conjointe IGJ-IGGN-IGESR — victime B (oct. 2022) · rapport officiel
Aucune faille ne correspond à ces filtres.
Synthèse
Ce que les auditions confirment (dans le périmètre)
Le classement sans suite massif est documenté de façon répétée (73 % en inceste, 94 % pour les viols).
Le cloisonnement civil/pénal — un JAF qui décide sans les éléments du pénal — est un constat récurrent et central.
L'instrumentalisation de l'« aliénation parentale » pour disqualifier la parole protectrice est largement dénoncée.
La sous-remontée des signalements (information préoccupante → CRIP) est chiffrée et critiquée.
Angles morts & hors-champ vis-à-vis de Lyhanna
La transmission des plaintes entre juridictions (le « ballottage » de Lyhanna) est quasi absente des constats extraits — et relève surtout de l'organisation judiciaire générale, hors mandat inceste.
La surveillance d'un auteur sériel non parental sort du périmètre de la commission, centrée sur l'agresseur intrafamilial.
Le suivi/risque de réitération des auteurs est abordé, mais surtout côté parent agresseur (droit de visite maintenu), pas côté suivi pénal post-classement.
En somme : sur le cœur du mandat — parole de l'enfant, expertises, articulation civil/pénal, classements — les auditions recoupent fortement les failles révélées par Lyhanna. Les défaillances propres au caractère extra-familial et sériel de cette affaire (circulation des plaintes, surveillance d'un récidiviste hors famille) restaient, elles, largement hors du champ de la commission inceste.
Depuis le 9 juin : l'audition de MM. Nunez et Darmanin au Sénat comble en partie ces angles morts. C'est la première parole parlementaire de source primaire sur l'affaire elle-même : neuf mois sans garde à vue, plaintes « pas placées de manière prioritaire », absence de service statistique à la Justice — chaque faille ci-dessus porte désormais une citation horodatée de cette séance. La bataille des mots y est explicite : un sénateur impose le terme de « défaillance », qu'un ministre dit « préfér[er] à celui de dysfonctionnement », quand d'autres y voient non un raté mais « le fonctionnement » ordinaire du système.
16 juillet 2026 — second pré-rapport : la mission conjointe IGJ-IGGN-IGESR publie son second pré-rapport. Il documente cinq affaires impliquant JB entre 2017 et 2025 et nomme pour la première fois les mécanismes précis : enquête suspendue dix mois faute de transmission enregistrée entre Béthune et Auch (victime B, 2022) ; expertise confiée à un psychologue hors liste officielle des experts, dont le rapport — non daté, non signé — applique un « examen de la crédibilité » déconseillé depuis 2005 ; magistrats du parquet orientés sur les seuls éléments fournis oralement par les enquêteurs, sans accès à la documentation complète des procédures graves. Ce rapport transforme les « dysfonctionnements » en défaillances tracées et nominatives.
Traitement judiciaire de l'inceste · auditions de la commission d'enquête sur le traitement judiciaire de l'inceste + audition du Sénat sur l'affaire Lyhanna (9 juin 2026) · constats et citations extraits automatiquement (citations verbatim de la SRT officielle du Sénat), à vérifier sur la séance source.