88 000 affaires en retard — Réexamen des dossiers — Affaire Lyhanna
88 000 affaires en retard
Circulaire JUSD2615312C du 8 juin 2026 · Contours : data.gouv.fr (Etalab 2025) · Cliquer sur un ressort
Outre-mer (DROM)
Mise à jour · Bilan officiel du 15 juillet 2026
Le ministère publie son bilan : 82 % du stock réétudié
Le 15 juillet 2026, la Chancellerie a publié le bilan de la revue des plaintes ordonnée après l'affaire Lyhanna. La formulation officielle prête à confusion : « 69 626 dossiers ont d'ores et déjà été revus […] et in fine 85 047 plaintes ont été recensées […] 82 % du stock national a déjà été réétudié ». Le calcul lève l'ambiguïté : 69 626 / 85 047 = 81,9 %. Les 100 % correspondent donc aux 85 047 plaintes recensées — c'est le stock total réévalué, pas les 69 626 dossiers déjà revus qui n'en représentent que 82 %. Il en restait 15 421 à réétudier au 15 juillet.
Avancement de la revue au 15 juillet 2026
À noter : le chiffre de 88 000 dossiers annoncé en juin devient 85 047 plaintes recensées dans le bilan — le périmètre s'est précisé au fil du recensement par les procureurs (« in fine »).
⚠️ D'où viennent les 15 421 plaintes manquantes ? Le flou du ministère
Le communiqué du 15 juillet additionne des « dossiers » et des « plaintes » puis calcule un pourcentage comme s'il s'agissait de la même unité, sans note méthodologique. Le compte rendu de l'Assemblée nationale du même jour éclaire l'origine du chiffre : les 15 421 plaintes qui séparent les deux totaux ne sont pas des dossiers restant à traiter — ce sont des plaintes découvertes après coup dans les services enquêteurs, en dehors du stock initial des parquets.
« Exactement 69 626 dossiers relatifs à des affaires criminelles et délictuelles connues des parquets ont été réétudiés. Il s'y ajoute 15 000 plaintes découvertes — si j'ose dire — dans les services enquêteurs auprès desquels des plaintes ont été déposées, ce qui porte à 85 047 le nombre de plaintes aujourd'hui recensées dans les parquets de la République. » Gérald Darmanin, ministre de la Justice — compte rendu de l'Assemblée nationale, 1re séance du 15 juillet 2026
Autrement dit : les 69 626 dossiers réétudiés ne sont pas 82 % d'un stock de 85 047 « plaintes équivalentes » — ce sont 82 % du stock une fois ajoutées les ~15 000 plaintes retrouvées après coup chez la police et la gendarmerie (le « 15 000 » du ministre est un arrondi ; l'écart exact entre les deux totaux publiés est de 15 421). Ces plaintes supplémentaires n'ont, à ce stade, fait l'objet d'aucune réétude — leur statut de traitement n'est pas précisé.
Plainte — acte par lequel une personne signale une infraction à la police, à la gendarmerie ou au procureur.
Dossier / procédure — ensemble des actes relatifs au traitement judiciaire d'une affaire ; plusieurs plaintes (victimes multiples, signalements successifs sur les mêmes faits) peuvent être rattachées à une même procédure.
Le ministère ne précise ni l'unité exacte du recensement final, ni les règles de dédoublonnage entre plaintes et procédures, ni le statut judiciaire des 15 421 plaintes ajoutées après coup. Cette imprécision — pas une difficulté de calcul — explique l'ambiguïté du communiqué du 15 juillet.
Nature des faits dans les dossiers revus
Sources : ministère de la Justice, « Bilan de la revue des plaintes relatives aux violences sexuelles commises sur les mineurs », 15 juillet 2026 (procédures réétudiées, stock total, informations judiciaires, incarcérations au 15 juillet) ; Le Figaro, 28 juillet 2026 et Midi Libre, 28 juillet 2026 (mise à jour du chiffre des incarcérations à 924, +134 %). Revue ordonnée le 8 juin 2026 (réunion des 36 procureurs généraux), échéance fixée au 14 juillet. Le stock total (85 047), les procédures réétudiées (69 626) et les informations judiciaires (1 350) n'ont pas été republiés depuis le 15 juillet.
🔍 Comprendre cette carte
Cette carte interactive représente le recensement en urgence des procédures pénales en cours relatives aux violences sexuelles sur mineurs, ordonné par le ministère de la Justice en juin 2026 (circulaire JUSD2615312C) à la suite des révélations de carences graves de traitement dans l'affaire Lyhanna.
Chaque ressort de Cour d'Appel est coloré selon le niveau de transparence et la situation des effectifs : les tribunaux ayant publié leurs chiffres officiels sont en vert, les chiffres partiels ou alertes de magistrats sont en orange/rouge, et les zones grises représentent l'absence totale de données publiques au 14 juillet 2026.
⚖️ L'énigme des 88 000 dossiers : l'écart avec les chiffres publiés
Soit un écart de plus de 36 000 dossiers (41 %) toujours absents des publications officielles locales.
Ce gouffre statistique s'explique par l'opacité persistante de la moitié des Cours d'Appel (dont Versailles, Angers ou Reims) qui n'ont toujours communiqué aucune donnée, mais également par la dénonciation par les syndicats de magistrats d'une méthodologie inapplicable (environ 6 minutes accordées par dossier), rendant le recensement exhaustif impossible avec les effectifs actuels.
Le bilan national du 15 juillet (voir ci-dessus) fixe le stock à 85 047 plaintes. Depuis, 7 ressorts supplémentaires ont publié leurs chiffres le 18 juillet — Paris (13 708), Douai (6 322, auparavant sans donnée), Aix-en-Provence (4 872), Nîmes (3 972), Rennes (3 870), Lyon (3 225) et Toulouse (2 976), soit 38 945 procédures à elles seules — portant le total local connu à ~49 000. L'écart avec le stock national se réduit donc, mais aucune base consolidée par ressort n'a encore été publiée par la Chancellerie.